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  • Barsaoui
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  • Mohamed Barsaoui cineaste amateur Mobile : 00216 96 16 40 14 Fixe : 00216 71 98 32 24 fax : 00216 71 33 09 94 Messagerie : Mohamed.Barsaoui@fsb.rnu.tn Barsaoui_ses@hotmail.com Site web: www.barsaoui.over-blog.com Adresse : 2, Rue d’Albanie. 1001 Tunis-République. Tunisie […]

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« Blow Up » est le premier de trois fictions tournées successivement par Antonioni hors d’Italie et en anglais. Sans pour autant constituer un triptyque, ces trois œuvres n’en sont pas moins cohérentes.

 

« Blow Up » questionne deux utopies : l’une individuelle, celle du photographe en prise avec une réalité qu’il désire contrôler mais qui lui échappe ; l’autre collective, celle d’une certaine jeunesse occidentale des années soixante. Les deux utopies sont enchevêtrées l’une dans l’autre et la ballade du personnage l’emmène de l’une à l’autre.

 

Alors que dans les deux films suivants, ces deux utopies sont désormais séparées : « Zabriskie Point » se situant au sein de celle sociopolitique du mouvement hippie et plus généralement du mouvement estudiantin contestataire de la guerre au Vietnam (avec ses illusions et ses déceptions), tandis que « Profession : reporter » traite d’une utopie individuelle, celle d’un homme fuyant son identité (en interrogeant l’image encore une fois, en l’occurrence ici celle documentaire).

 

« Blow Up » s’articule autour de deux concepts forts qui le structurent : l’abstraction et la disparition.

 

 

 

LA DILATATION DE LA NARRATION

 

La première chose qui frappe dans « Blow Up » est la narration.

 

Le temps est dilaté. L’image est diluée. Et le rythme contemplatif. Contemplation non pas dans le sens regarder avec admiration, mais celui de regarder avec attention. Une contemplation cérébrale, de constat. Antonioni étire les scènes, pose le silence. Ses images soufflent sur l’œil et dépoussièrent le regard, comme le vent qui se faufile entre les feuilles des arbres et qu’on entend pendant les séquences du parc mais aussi au moment où l’œil du photographe scrute les agrandissements, où son regard dénude la photographie.

 

On écrit à propos de certaines séquences dans les films d’Antonioni qu’elles sont des temps morts. La formule n’est pas appropriée, car le fait est que se sont au contraire ces séquences qui posent le regard, en face de lui-même. Qui posent le silence mais pour mieux le combler. Qui font vivre le temps, le font respirer.

 

 

LES ACCIDENTS DU REEL

 

L’autre élément dramaturgique, particulier à Antonioni, se sont les accidents du réel. Accidents scrupuleusement mis en scène par le cinéaste au sein de la réalité-imaginaire immédiate du personnage.

Les disparitions récurrentes dans la filmographie du cinéaste en font partie. Disparitions généralement subites et qui restent inexpliquées (le sont-elles : explicables ?).

 

Dans « Blow Up », deux accidents du réel sont importants : l’irruption de l’hélice et la bataille pour le manche de la guitare.

Ces deux objets, leur apparition dans la trajectoire du film et la manière dont le personnage se les approprie, n’ont à priori rien à voir avec le déroulement de l’histoire en tant que telle. Elles ne créent pas de ruptures mais une strate supplémentaire de perception et de compréhension.

 

L’hélice est une citation textuelle de Duchamp  (une peinture ne pourra jamais être aussi belle qu’une hélice) à travers la bouche du photographe disant : elle ne sert à rien, elle est juste belle, je vais la mettre ici comme sculpture

 

La dilatation de la narration et les accidents du réel participent à l’abstraction de la dramaturgie. Mais ce n’est pas tout, l’image elle-même est abstraite.

 

 

L’IMAGE ABSTRAITE
 

Une photographie représentant un cercle blanc sur un fond noir, accrochée dans le petit salon du photographe, rappelle les deux tableaux célèbres de Malevitch. Et justement, les peintures de l’ami plasticien sont elle aussi abstraites, entre post-cubisme et Jackson Pollock.

Quant au personnage principal, il fait des photos de mode et des portraits. Ce n’est qu’à partir du moment où il les agrandit jusqu’à les rendre abstraites que son regard commence à muer. Paradoxalement, c’est dans le flou de l’image qu’il verra ce qu’il n’a pas vu avant, c’est là où surgit la vérité de l’instant photographié, on peut dire aussi, c’est à ce moment-là que la réalité de l’instant apparaît, dans la dilatation de la forme, comme un écho à la dilatation du temps dont j’ai parlé il y a un instant. La photographie n’étant au fond qu’une dilation extrême et ultime du temps.

 

A travers le questionnement de l’image photographique, Antonioni s’interroge sur la perception qu’on peut avoir de la réalité qui nous entoure. Et le mouvement de pensée que nous propose son cinéma et notamment « Blow Up », est un perpétuel mouvement paradoxal de disparition et d’apparition.

 

 

LA DISPARITION

 

Le sens du mot Abstraire est : isoler, séparer, enlever. Antonioni ne fait que çà.

Il y a toujours des êtres ou des objets qui disparaissent dans ces films. Blow Up ne déroge pas à la règle : la femme qu’il voit dans la rue mais qu’il n’arrive pas à retrouver, les photographies et la pellicule, le cadavre et, disparition ultime et magnifique, celle du personnage lui-même dans le dernier plan, quand il disparaît dans l’image, à l’intérieur de l’image, comme s’il avait pénétré sa substance. Toute la mise en scène des séquences d’agrandissement qui ont donné leur titre au film, tend à exprimer le désir de concrètement rentrer dans l’image, de s’incruster en elle.

 

 

Quand le personnage a accomplit ce cheminement vers une certaine vérité sur la réalité qui l’entoure, quand il a comprit qu’en tant qu’artiste, il ne pouvait pas la contrôler mais simplement l’imaginer, alors lui aussi peut disparaître, laissant l’image complètement abstraite (aux sens littéral et esthétique du terme) : vide mais signifiante. Il peut disparaître car sa matérialité est illusoire hors de l’image. Ce cheminement, c’est donc aussi au spectateur de le faire.

 




ismael - mercredi 17 octobre 2007


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