La civilisation islamique s'illustre par une architecture très riche et diversifiée. Du Maghreb à l'Asie, de l'Espagne à l'Afrique profonde, cette architecture multiple se caractérise par une
très grande sobriété des lignes et un foisonnement extrême des médina de Tunis, La médina est un joyau d'architecture arabo-musulmane. Elle a été classée sur la liste des biens de l'Humanité par
l'UNESCO. Fondée en 698 autour du noyau initial de la mosquée Zitouna, elle développe son tissu urbain tout au long du Moyen Âge, vers le nord et vers le sud, se divisant ainsi en une médina
principale et en deux faubourgs au nord (Bab Souika) et au sud (Bab El Jazira). Devenue capitale d'un puissant royaume à l'époque hafside, foyer religieux et intellectuel et grand centre
économique ouvert sur le Proche-Orient, le Maghreb, l'Afrique et l'Europe, elle se dote de nombreux monuments où se mêlent les styles de l'Ifriqiya aux influences andalouses et orientales mais
qui empruntent également certaines de leurs colonnes ou leurs chapiteaux aux monuments romains ou byzantins. De fait, l'appellation « architecture arabo-musulmane », notamment dans le cas de la
médina de Tunis, est caduque car, outre sa généralisation équivoque, elle dénote une vision réductrice des richesses et des variétés culturelles que connaissent les différentes communautés qui
ont adopté l'islam pour religion. La vision ethnocentriste de l'Europe a en effet souvent négligé les autres cultures et, si elle les a abordées, elle les a cantonnées dans des globalités qui
n'en présentent que les caractères secondaires et insignifiants (arcades outrepassés, ornementation foisonnante, etc.) La médina de Tunis présente comme constante spécifique d'être à la fois un
tout homogène dans sa globalité et une juxtaposition de sous-ensembles présentant chacun cette même caractéristique : chaque quartier est en quelque sorte, une « réduction » de la ville dans tous
ses concepts. Aux conditions naturelles (topographie et géologie), économiques (coût des matériaux de construction), politiques (société féodale) et de sécurité déterminantes pour le
développement de la médina. La vie communautaire et les rapports d'intimité intérieur-extérieur ayant une importance fondamentale, la limite physique bâtie de la muraille est perçue comme une
enveloppe à l'intérieur de laquelle la population concernée entretient des rapports privilégiés. En effet au plan de la forme, le climat, le mode de vie et l'environnement naturel ont imposé un
monde clos, cerné de murs et refermé sur lui- même aussi bien au niveau de l'unité d'habitation qu'à celui du quartier ou à celui de l'entité urbaine. L'architecture de la médina de Tunis a la
particularité de ne pas obéir à des tracés géométriques ni à des compositions formelles (quadrillage, alignements, etc.). L'organisation complexe du tissu urbain a alimenté toute une littérature
coloniale où la médina dangereuse, anarchique et chaotique semblait le territoire du guet-apens. Pourtant, des études entamées dans les années 1930 avec l'arrivée des premiers ethnologues a
permis de démontrer que l'articulation des espaces de la médina n'est pas aléatoire : les maisons s'articulent de manière socioculturelle, codifiée selon les types complexes des rapports humains.
De nombreuses publications ont détaillé le modèle de développement de la médina et le système de hiérarchisation des espaces collectifs et privés, résidentiels et commerciaux, sacrés et profanes.
On peut relever des axes nord-sud et est-ouest assimilables à un cardo et un decumanus romains (Rues Sidi Ben Arous, Jemaâ Zitouna et Rue du Pacha) qui s'entrecoupent au niveau de la cour de la
mosquée Zitouna, foyer de prière et d'étude. On distingue ensuite les rues principales, les rues secondaires (équipements de quartier) et les impasses (venelles), ensemble de parcours privés
parfois réservés aux femmes. Le domaine bâti est caractérisé en général par l'accolement de grandes parcelles (600 m² environ) et la mitoyenneté. Il s'en suit un enclavement des 1 lots et des
bâtiments les plus éloignés du réseau viaire principal, ce qui justifie les ruelles et impasses d'accès établies par cession ou droit de passage. Une disposition juridique octroie « la propriété
de l'air » et permet l'édification de construction formant une voûte sur l'espace de la voie publique sous réserve qu'il n'en résulte aucun dommage pour les passants. Il est d'usage que la
hauteur de la voûte
maisons bourgeoises), officielles et civiles (bibliothèques et administrations), religieuses (mosquées,
tourbas et zaouïas) et de services (commerces et fondouks) présentent une grande porosité malgré
un zonage clair entre les commerces et l'habitation. Les souks constituent un véritable réseau de
ruelles couvertes et bordées de boutiques de commerçants et d'artisans groupées par spécialités. Les
métiers « propres » sont situés près de la mosquée Zitouna car ils ne suscitent aucune nuisance par
l'odeur, le bruit ou l'usage de l'eau. Les marchands d'étoffes, les parfumeurs, les marchands de fruits
secs, les libraires et les marchands de laine sont concernés au contraire des tanneurs, poissonniers,
potiers et forgerons qui sont relégués à la périphérie. Il existe ainsi une hiérarchie codifiée des
métiers : le commerce des chéchias, celui des parfums, le tissage de la soie, la sellerie, la confection
des vêtements, la fabrication des babouches, le tissage, la poterie et enfin les forgerons et les
teinturiers, bref, les souks nobles sont situés aux abords directs de la mosquée Zitouna (parfumeurs,
libraires, tisserands de soie et bijoutiers) et les souks pauvres (teinturiers et serruriers) au niveau des
remparts et dans le quartier méridionale (parfois même extra-muros). La notion d'espace public est
donc ambiguë dans le cas de la médina où les rues sont considérées comme le prolongement des
maisons et soumises aux balises sociales. La notion de propriété individuelle est faible et les étalages
des souks débordent souvent sur la voie publique. Cette idée est renforcée par la superficie d'une
boutique (environ 3 m²) et des chambres à coucher (10 m² environ). Dans le cas des architectures
domestiques, plus elles sont en retrait des commerces, plus elles ont de valeur. La notion de retrait
et d'intimité est donc primordiale. L'introduction tardive du réseau d'égouts induit un écoulement
des eaux usées à travers les rues de la médina. Les maisons et lieux nobles sont donc toujours situés
en amont ou dans les quartiers hauts (quartier de la kasbah). Les terrasses de la médina sont
également un lieu important de la vie sociale, idée illustrée par le film Halfaouine, l'enfant des
terrasses de Férid Boughedir. Les rituels et horaires de fréquentations assurent une mixité
informelle.
L'architecture domestique de la médina de Tunis présente une typologie architecturale stable que
l'on retrouve aussi bien dans les maisons bourgeoises, les palais que les maisons d'ouvriers. Il s'agit
d'un modèle méditerranéen de maisons à patio mais qui articule d'une manière spécifique les
espaces servants et servis : les appartements, les dépendances, le jardin, les circulations horizontales
et verticales et enfin les terrasses.
Les pièces en T élément classique de l'habitation tunisoise (musulmane et juive), les chambres en T
représentent une tripartition originale des espaces (en forme de T). Cela a l'avantage de ménager un
espace central commun (kbu permettant la réception ou le séjour) et de part et d'autres des
maksouras (annexes) pouvant assurer l'intimité des espaces de nuit ou d'hygiène comme les
hammams (cas du Dar Ben Abdallah). La hiérarchie de la société patriarcale a induit cette disposition
où les trois générations (parents, enfants et grands parents) disposent d'une aile de la maison et se
retrouvent dans le patio cest une ouverture vers le ciel en tant que symbole d'ordre religieux, il
fourni un effet d'ordre climatique (éclairage, aération et régulation de la température) et rappel des
liens avec la nature (carré de ciel rattachant la maison au cosmos) le patio constitue un facteur
important dans l'organisation de l'espace (notamment au niveau des ouvertures selon l'orientation du soleil).. Il est admis que l'appartement le plus luxueux soit situé directement face à
l'entrée du
patio. La délimitation du patio, son échelle et son orientation conditionne l'ensemble de l'habitation
et son rapport à l'extérieur. Quelle que soit l'échelle d'un patio, il comporte une vasque ou une
fontaine. C'est le premier espace tracé sur le sol lors de la construction d'une maison. À la fois lieu de
vie, de réception et de service, le patio est le foyer de la maison et assure l'éclairage, le chauffage et
l'aération du bâtiment. Il est par ailleurs totalement retiré du tumulte de la vie publique. L'accès au
patio depuis la rue se fait par le biais de chicanes (vestibules imbriqués de manière très élaborée) qui
permettent de filtrer les regards indiscrets de l'extérieur.
Généralement, toutes les pièces prennent le jour sur le patio et rarement sur la rue. On remarques
parfois des boiseries ajourées qui permettent de voir sans être vu (moucharabiehs). Les proportions
du patio (environ ¼ de la parcelle) et son ornementation attestent du rang des maîtres de maison. Sa
large superficie contraste avec les petits appartements (voire les cellules) situés tout autour.
Le patio peut être planté dans le goût andalou (exemple du Dar Othman), pavé de pierre calcaire
(exemple du Dar Hammouda Pacha) ou, luxe suprême, de marbre importé de l'étranger (exemple du
Dar Ben Abdallah). Comble du raffinement, dans certains palais comme le Dar Hussein, on compte
deux patios d'apparat : l'un situé au rez-de-chaussée (patio d'été) et l'autre à l'étage (patio d'hiver).
Le patio des maisons bourgeoises dispose généralement de galeries que rythmes des portiques plus
ou moins larges, supportant les appartements situés à l'étage et renforçant la structure du rez-de-
chaussée. L'ornementation du patio permet de dater aisément le bâtiment. Ainsi, pour les maisons
hafsides (XVIe siècle-XVIIe siècle), les murs qui bordent le patio sont simplement peints à la chaux ou
revêtus de pierre calcaire. L'héritage qui nous est parvenu de cette époque est hélas très rare. On
compte aujourd'hui à Tunis moins d'une dizaine de palais de l'époque hafside en état de
conservation : le Dar Baïram ou encore le Dar El Hedri qui, selon l'Association de sauvegarde de la
médina et la municipalité de Tunis, est un cas exemplaire d'architecture hafside tant par sa situation
(aux abords de la mosquée Zitouna) que par son revêtement en marqueterie de pierre calcaire
d'inspiration ziride (niches et consoles).
Les maisons du XVIIIe siècle et du XIXe siècle présentent une ornementation plus élaborée. En effet,
les parois sont revêtues de céramiques présentant trois influences majeures : italianisantes, turques
ou tunisoises (ateliers Qallaline, Chemla et de Verclos). L'abandon de la médina a précipité la ruine
de ces palais dont les matériaux ont été pillés et revendus sur les marchés locaux et internationaux à
des prix exorbitants. Les panneaux de céramiques des revêtements muraux qui obéissent à des
règles de composition strictes sont fréquemment surmontés de plâtres et de stucs (naqcha hadida)
lesquels supportent les caissons en bois peints recouvrant les plafonds. Outre la calligraphie, les
éléments ornementaux du type céramique ou bois peints révèlent une expression purement
géométrique. L'abstraction géométrique trouve sa genèse dans la crise iconoclaste. Le système
d'expression développé dans l'architecture islamique présente par ailleurs une syntaxe moderne,
l'Occident ayant mis plusieurs siècles pour s'exprimer en dehors de la figuration.
La médina regroupe aussi la plupart des grandes mosquées de la capitale qui sont toutes construites
avant l'avènement du protectorat français. La mosquée Zitouna, bâtie en 732 a
puis entièrement rebâtie en 864, est le principal lieu de culte de Tunis et, pendant longtemps, un
important lieu de culture et de savoir en abritant les locaux de l'Université Zitouna jusqu'àl'indépendance de la Tunisie. Il accueille encore les cérémonies marquant les principales dates du
calendrier musulman.
le plan d'une mosquée typique peut être tout simplement rectangulaire (forme des basiliques igine est trop
petite, comme celle de Cordoue, on lui ajoute quelques travées supplémentaires, si bien que le
également un signe distinctif, visible
carrée en Espagne et élevé (comme le clocher chrétien) ; mais de forme cylindrique au Moyen
Orient, soit sous la forme ancienne des ziggourats babyloniennes, soit mince et élégant, de taille
modeste mais multiplié par quatre comme les quatre angles des vastes mosquées au dôme élevé.
La cour : un espace ouvert, ombragé, agréable, mais surtout le passage obligé par la fontaine à
La coupole :
intérieures complexes, décorées de stucs, plâtre qui permet des décorations extrêmement ciselées, , ou de mosaïque de couleur.
Dès les premiers temps de sa fondation, Tunis est considérée comme une importante base militaire.
Le géographe El Yacoubi affirme qu'au début du IXe siècle « Tunis était entourée d'un mur de briques
et d'argile sauf du côté de la mer où il était de pierre». Souvent endommagée voire totalement
détruite au cours du Moyen Âge, l'enceinte conserva toujours son tracé d'origine. Elle était parsemée
de différentes portes. Bab El Jazira, sans doute la plus ancienne porte de la muraille méridionale,
ouvrait sur les routes du sud et de Kairouan. Bab Carthagena donnait accès à Carthage d'où étaient
ramenés les matériaux de construction nécessaires à la ville. Bab Souika (d'abord appelée Bab El
Saqqayin) avait le rôle stratégique de garder les routes vers Bizerte, Béja et Le Kef. Bab Menara
(d'abord appelée Bab El Artha) ouvrait la médina vers le faubourg d'El Haoua. Quant à Bab El Bhar,
elle permettait l'accès aux quelques fondouks où vivaient les marchands chrétiens de Tunis.
Au début du règne des Hafsides, deux nouvelles portes sont percées au XIIIe siècle : Bab Bnet et Bab
Jedid. Avec le développement de la capitale, deux faubourgs émergent à l'extérieur des remparts :
Bab El Jazira (au sud) et Bab Souika (au nord). C'est pourquoi, le souverain hafside Abû Darba
Muhammad al-Mustansir al-Lihyânî ordonne, au début du XIVe siècle, la construction d'une seconde
enceinte englobant la médina et ses deux faubourgs extérieurs. Elle est dotée de six portes : Bab El
Khadra, Bab Saadoun, Bab El Allouj (d'abord appelée Bab Er-Rehiba), Bab Khalid ou Bab Sidi Abdallah
Chérif, Bab El Fellah et Bab Alioua. À l'époque ottomane, quatre nouvelles portes sont ouvertes : Bab
Laassal, Bab Sidi Abdesselam, Bab El Gorjani et Bab Sidi Kacem. La ville de Tunis conserve trois
portes, Bab Saadoun, Bab El Khadra et Bab El Bhar, qui ouvraient l'ancien mur qui a disparu en
grande partie. Dès les premiers temps de sa fondation, Tunis est considérée comme une importante
base militaire. Le géographe El Yacoubi affirme qu'au début du IXe siècle « Tunis était entourée d'un
mur de briques et d'argile sauf du côté de la mer où il était de pierre.
Finalement la ville de Tunis conserve trois portes, Bab Saadoun, Bab El Khadra et Bab El Bhar, qui
ouvraient l'ancien mur qui a disparu en grande partie. Notre patrimoine architectural arabo musulman est également omniprésent dans les maisons de
particuliers et les petits palais des personnalités officielles aussi bien que dans le palais du souverain
à la kasbah. Toutefois, rares sont les palais et demeures qui remontent au Moyen Âge, contrairement
au XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles qui ont légué des maisons prestigieuses telles que le Dar Othman
(début du XVIIe siècle), le Dar Ben Abdallah (XVIIIe siècle), le Dar Hussein, le Dar Chérif ainsi que
d'autres maisons plus ou moins vastes et richement décorées dont l'inventaire des années 1970 n'en
compte pas moins d'une centaine. On dénombre également plusieurs palais élevés par les beys ou
des membres de leur entourage dans la banlieue de Tunis et ce depuis le XIIIe siècle. Les principaux
palais des beys sont ceux de La Marsa, du Bardo et de Ksar Saïd. Si l'on ajoute les mosquées et
oratoires (environ 200), les médersas (El Bachia, Slimania, El Achouria, Bir El Ahjar, El Nakhla, etc.),
les zaouïas (Sidi Mehrez, Sidi Ali Azouz, Sidi Abdel Kader, etc.), les kouttabs, les tourbas (Tourbet El
Fellari, Tourbet Aziza Othmana et Tourbet El Bey) et les portes, le nombre des monuments de Tunis
approche les 600 dont 98 ont été classés depuis 1912. Car, au contraire d'Alger, Palerme ou Naples,
d'interventions urbanistiques radicales. Les principaux outrages qu'a subi la médina remontent à
l'époque suivant l'indépendance du pays avec la destruction de l'enceinte et la précarisation de
l'habitat. C'est la raison pour laquelle la médina est inscrite en 1979 au patrimoine mondial de
l'Unesco. Au début du XXIe siècle, la médina est ainsi l'un des ensembles urbains traditionnels les
mieux préservés du monde arabe.
Quelle que soit la forme d'habitat de la médina (immeuble de rapport, palais ou villa), le registre
ornemental subit dès le XIXe siècle l'influence des beaux-arts (renaissance italienne et baroque). À
partir des années 1900 apparaît le style néo-mauresque (arabisance) constituant une tentative de
synthèse entre les qualités architectoniques locales (simplicité des lignes de construction et
ornementation) et l'architecture moderne. À partir des années 1920 et jusqu'à l'indépendance, de
nombreux édifices Art nouveau et Art déco voient le jour grâce à la présence d'une importance main
anciens remparts, l'apport architectural de la période 18501950 se fait sentir dans les bâtiments
officiels, la médina accueillant neuf ministères et le siège de la municipalité de Tunis.
Aujourd'hui, chaque quartier conserve sa culture et les rivalités peuvent être fortes. Ainsi, le
faubourg nord supporte le club de football de l'Espérance sportive de Tunis alors que, à l'autre
extrémité, c'est le quartier du grand club rival le Club africain.
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